Press release

08/2022

Des parieurs traités comme des criminels

Dans la bagarre qui fait rage entre la Loterie et les acteurs privés des jeux et des paris, Ladbrokes n’est pas en reste. Ladbrokes, ce sont des agences de paris mais aussi des jeux de casino et des paris en ligne. Une société créée en Angleterre en 1886, ce qui en fait l’un des plus anciens acteurs sur le marché.

Voie juridique

Elle, elle a plutôt choisi la voie juridique. Elle se prépare à déposer, au niveau européen, une requête en annulation contre l’État belge. Cette requête concerne des membres de la Commission des jeux de hasard. Et cela parce que deux des membres de la Commission sont désignés par le ministre en charge de la Loterie, pour le moment celui des Finances. « Le recours va être introduit à moins qu’on puisse apaiser les choses entre le secteur et la Loterie nationale », nous explique Yannik Bellefroid, CEO de Ladbrokes Belgium. « La Loterie ne se rend pas compte que quand on tire sur les autres, on tire aussi sur soi-même. »

Mais pourquoi ce recours à l’Europe ? « Vous le voyez, la Loterie, ce n’est plus la Loterie coloniale, avec seulement deux petits tirages du Lotto par semaine. Ce sont aussi des produits qui peuvent être dangereux pour les joueurs. La Loterie a beaucoup moins d’expérience que nous dans la protection des joueurs », assène M. Bellefroid. « Avec des slogans comme « scandaleusement riche » (EuroMillions) ou, « besoin de cash, play Cash » (pour un jeu à gratter), on pousse les gens à jouer. Le nombre d’addicts aux jeux de la Loterie augmente. Avec les jeux à gratter, la Loterie nationale touche beaucoup plus de gens que le secteur privé. La question posée à l’Europe est donc la suivante : est-il normal que la Loterie, qui a des représentants à la Commission des jeux de hasard, ait ces représentants alors qu’elle est aussi partie prenante. C’est un conflit d’intérêts majeur ».

Multiples recours

Mais ce n’est pas tout. Depuis des années, le gouvernement essaie d’imposer l’utilisation de la liste Epis aux agences de paris, comme c’est le cas pour les jeux et paris en ligne, et pour les casinos et salles de jeu (mais pas pour les libraires). « Je ne suis pas contre Epis », affirme Yannik Bellefroid. « Je suis contre le fait qu’on utilise Epis à d’autres fins. Je ne suis pas d’accord qu’un joueur qui vient jouer une fois 5 euros dans une agence se retrouve fiché durant 10 ans. Comme un criminel ! »

Explication : « On veut nous imposer de tenir une base de données de joueurs (avec leur photo) qui permettra à la Commission des jeux de hasard de voir, durant 10 ans, si quelqu’un a joué. Mais c’est totalement disproportionné. Et puis il y a toujours un risque de fuite de ces données. Il faut aussi se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure. Des mesures d’auto-exclusion dans nos agences, ça fait 20 ans qu’on le fait. Le secteur privé est bien plus loin en matière des préventions des addictions. Alors que la Loterie n’a aucune gestion de la prévention des risques. »

Ambiance

Ladbrokes est donc en recours devant le Conseil d’État, la Cour constitutionnelle et l’Autorité de protection des données. Contre une loi qu’elle appelle « fourre-tout » et qui devrait entrer en application début octobre. La société de paris pose enfin cette question : « Est-il normal qu’un client qui fréquente une agence de paris soit fiché comme un délinquant pendant 10 ans alors qu’un client qui fréquente une agence de la Loterie nationale échappe à toute forme d’identification ? »

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